Lire une liste INCI : décoder l’étiquette d’un soin en cinq minutes
La liste INCI est le seul endroit d’un emballage qui ne peut pas mentir. Elle est ordonnée par quantité décroissante, écrite en latin pour les plantes et en anglais pour le reste, et les cinq premiers ingrédients disent l’essentiel du produit.
Sur un pot de crème, tout est argument de vente sauf une chose : la liste des ingrédients. Elle s’appelle INCI, pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients, elle est obligatoire dans toute l’Union européenne, et sa forme est strictement encadrée. Apprendre à la lire prend un quart d’heure une fois pour toutes.
Le premier réflexe : l’ordre est une information
Les ingrédients sont listés par ordre de concentration décroissante, jusqu’à 1 %. En dessous de ce seuil, le fabricant les range dans l’ordre qu’il veut. Conséquence directe : les cinq ou six premiers noms représentent l’écrasante majorité du produit, et tout ce qui apparaît après les conservateurs ou les parfums est présent en très petite quantité.
C’est ce qui permet de repérer en une seconde ce que l’on appelle le fairy dusting, la paillette de fée : un actif mis en avant sur le devant du pot mais placé en toute fin de liste, donc dosé à une fraction de pourcent. L’ingrédient est bien là, la mention est exacte, et son effet est négligeable.
Deux langues, une seule liste
La règle est simple et déroute au début : les extraits végétaux portent leur nom botanique latin, tout le reste porte un nom anglais ou une dénomination chimique. Ainsi Butyrospermum parkii désigne le beurre de karité, Simmondsia chinensis l’huile de jojoba, Rosa canina l’églantier. À côté, Aqua signifie eau, Glycerin glycérine, Tocopherol vitamine E.
Cette double convention explique une illusion d’optique fréquente : une liste pleine de latin paraît naturelle, une liste pleine d’anglais paraît chimique. Or les deux nomenclatures décrivent la même chose, la provenance de la molécule, pas sa dangerosité.
Ce que contient réellement une crème
Une émulsion classique est faite d’eau, d’un corps gras, d’un émulsionnant qui les tient ensemble, d’un épaississant, d’un conservateur, et enfin des actifs. C’est structurel, pas commercial : sans émulsionnant, l’eau et l’huile se séparent ; sans conservateur, un produit contenant de l’eau se contamine en quelques semaines.
Un soin dont la liste commence par Aqua n’est donc pas un soin bâclé, c’est une émulsion. Un soin qui commence par une huile est une huile ou un baume, sans phase aqueuse, ce qui explique qu’il se passe souvent de conservateur.
Les mentions qui n’engagent à rien
Certaines allégations sont réglementées, d’autres non. « Bio » renvoie à un référentiel privé et n’a de sens que si un label le certifie. « Naturel » n’a aucune définition légale en cosmétique. « Sans paraben » ne dit rien du conservateur qui les a remplacés. « Hypoallergénique » signifie que le risque a été réduit, jamais qu’il est nul.
À l’inverse, deux mentions sont fiables parce qu’elles sont imposées : la liste INCI elle-même, et la période après ouverture, ce petit pot ouvert suivi d’un nombre de mois, qui indique la durée d’usage une fois le produit entamé.
Une méthode de lecture en cinq minutes
Commencez par les six premiers ingrédients, qui donnent la nature du produit. Cherchez ensuite l’actif annoncé sur le devant et regardez à quelle place il tombe. Repérez le conservateur, en général en fin de liste, et le parfum, écrit Parfum ou Fragrance. Enfin, si la liste se termine par une série de noms en -ol ou -al détachés, ce sont les allergènes du parfum, dont la déclaration est obligatoire au-delà d’un certain seuil.
Questions fréquentes
Une liste courte est-elle forcément meilleure ?
Non. Une liste courte signifie une formule simple, ce qui est souvent le cas des huiles et des baumes. Une émulsion a besoin de plus d’ingrédients pour tenir dans le temps. La longueur renseigne sur le type de produit, pas sur sa qualité.
Pourquoi l’eau arrive-t-elle presque toujours en premier ?
Parce qu’elle constitue le plus souvent 60 à 80 % d’une crème. C’est la phase dans laquelle les actifs hydrosolubles sont dissous, et c’est elle qui donne au soin sa texture légère.
Que veut dire un astérisque à côté d’un ingrédient ?
Il renvoie à une note de bas d’étiquette, en général « issu de l’agriculture biologique ». Il ne concerne que l’ingrédient marqué, jamais l’ensemble du produit.
Peut-on se fier au pourcentage d’ingrédients naturels affiché ?
Ce pourcentage suit une méthode de calcul définie par le référentiel choisi, et l’eau y est souvent comptée comme naturelle. Un chiffre élevé est donc attendu et peu discriminant. Le cahier des charges du label est plus informatif que le pourcentage.