Parfum naturel : pourquoi il tient moins, et ce que l’on y gagne
Un parfum entièrement naturel repose sur des huiles essentielles, des absolues et des résinoïdes. Sa tenue est plus courte, son évolution plus rapide, et sa composition varie d’une récolte à l’autre, comme un vin.
La parfumerie naturelle et la parfumerie de synthèse ne sont pas deux qualités d’une même chose : ce sont deux palettes différentes, avec des contraintes différentes.
Trois familles de matières
Les huiles essentielles sont obtenues par distillation à la vapeur, comme la lavande ou le bois de cèdre. Les absolues sont extraites au solvant, méthode réservée aux fleurs trop fragiles pour la distillation, comme le jasmin ou la tubéreuse. Les résinoïdes viennent des gommes et des baumes, comme l’encens ou le benjoin. Les agrumes, eux, sont obtenus par expression du zeste.
Ces matières coûtent cher, et pour une raison mécanique : il faut plusieurs centaines de kilos de pétales de rose pour obtenir un kilo d’absolue. C’est pourquoi une rose de synthèse existe dans presque tous les parfums, y compris de grande maison.
La question de la tenue
Un parfum se lit en trois temps : la tête, volatile, le cœur, puis le fond, qui reste. En parfumerie de synthèse, le fond repose largement sur des molécules musquées créées en laboratoire, très rémanentes, qui n’ont pas d’équivalent naturel disponible depuis l’interdiction du musc animal.
Sans elles, un parfum naturel s’appuie sur des bois, des résines et des racines, dont la tenue plafonne le plus souvent entre trois et cinq heures. Une composition d’agrumes naturels peut disparaître en une heure. Ce n’est pas un défaut de fabrication mais la volatilité propre à ces molécules.
Ce que l’on y gagne
Une matière naturelle n’est jamais une molécule unique : une essence de lavande contient plusieurs dizaines de composés. Cette complexité donne un sillage plus mouvant, qui évolue davantage au fil des heures, et une variation d’une récolte à l’autre que certains recherchent et que d’autres trouvent déroutante.
Allergènes et étiquetage
Une idée reçue tenace veut que le naturel soit par définition mieux toléré. C’est l’inverse pour les allergènes de parfum : le linalol, le limonène, le géraniol ou le citral sont des composants naturels de la lavande, de l’agrume et de la rose, et ce sont précisément ceux dont la déclaration est obligatoire au-delà d’un seuil. Une liste INCI de parfum naturel se termine donc souvent par une longue série de ces noms.
Autre point pratique : plusieurs huiles essentielles d’agrumes sont photosensibilisantes. Un parfum qui en contient s’applique de préférence sur des zones couvertes avant une exposition au soleil.
Questions fréquentes
Comment faire durer un parfum naturel plus longtemps ?
En l’appliquant sur une peau hydratée, qui retient mieux les molécules odorantes, et sur les zones chaudes. Vaporiser sur les vêtements prolonge aussi la tenue, en gardant en tête que certaines absolues colorées peuvent tacher les tissus clairs.
Un parfum sans alcool existe-t-il ?
Oui, sous forme d’huile parfumée ou de baume solide. Le sillage porte moins loin, puisque c’est l’évaporation de l’alcool qui projette les notes de tête, mais la tenue au contact de la peau est souvent meilleure.
Pourquoi mon parfum ne sent-il pas pareil sur moi ?
Le pH de la peau, son taux de sébum et sa température modifient la vitesse d’évaporation des différentes notes. Le phénomène est plus marqué en parfumerie naturelle, dont les matières sont plus sensibles à ces variations.
Faut-il conserver un parfum au réfrigérateur ?
Ce n’est pas nécessaire, mais la lumière et la chaleur l’altèrent réellement. Un flacon rangé dans sa boîte, à l’abri de la salle de bains, tient bien plus longtemps.